Il y a maintenant près de dix ans, Juan Sebastian Larobina quittait l’effervescence de la mégalopole mexicaine pour la quiétude des rives de l’estuaire du Saint-Laurent.

Né en Argentine au sein d’une famille d’artistes, Juan Sebastian Larobina a grandi au Mexique, où ses parents ont émigré au début des années 1980 pour fuir les répressions dont leur pays natal était victime. Étudiant et enseignant la musique dans des écoles de Mexico, il amorce en parallèle une carrière prometteuse au sein de différents groupes musicaux, enrichissant ainsi son répertoire des folklores propres à divers pays d’Amérique latine.

En 1997, il s’établit au Québec, plus précisément en Gaspésie, où il complète une formation comme éducateur spécialisé. Depuis quelques années, Juan Sebastian Larobina effectue au Québec une percée artistique digne de mention. Il présente également de façon régulière des ateliers dans les écoles primaires et secondaires d’ici.

L’artiste nous parle de son parcours personnel et artistique peu banal.

Pourquoi avoir choisi de vous établir au Québec?

« J’ai rencontré une Gaspésienne au Mexique, puis nous avons décidé de venir passer un été ici. Je suis arrivé au Québec en 1997, directement en Gaspésie… Puis nous avons eu deux enfants et je me suis finalement installé ici, à Douglastown, près de la mer. »

Vous baignez dans l’univers de la musique depuis la petite enfance…

« D’aussi loin que je me souvienne, ma mère faisait de la musique. J’ai touché des instruments pour la première fois vers l’âge de douze ou treize ans : d’abord la guitare et la flûte, puis les percussions, le saxophone, la clarinette… J’ai chanté avec ma mère et j’ai appris avec elle le folklore de mon pays. Elle chantait et jouait de la musique traditionnelle, notamment le tango. Maintenant que je suis loin, je redécouvre ces musiques de chez nous… »

« À l’âge de dix ans, j’ai émigré au Mexique, un pays extrêmement riche d’un point de vue folklorique. J’y ai vécu dix-sept ans… dix-sept années à m’imprégner de la musique de ce coin du monde. Cela a peut-être facilité mon adaptation à la société québécoise, en ouvrant ainsi mes frontières. Le côté latin du Québec m’attire… J’adore la Bolduc et la Bottine Souriante. »

En ce sens, la langue constitue-t-elle une barrière dans votre démarche?

« J’ai vécu un premier contact avec la musique traditionnelle québécoise lors d’un voyage aux Îles-de-la-Madeleine en 1999. Aujourd’hui, je commence à intégrer ces musiques traditionnelles dans mon propre folklore avec, comme résultat, ce son nouveau que j’appelle « latino-gaspésien »… Si écrire des chansons et faire de la musique permet une cohérence dans ce que nous voulons dire, le français demeure tout de même quelque chose de nouveau pour moi. J’ai appris le portugais et l’italien par la force des choses, mais le français est une langue assez complexe pour l’écriture. Ma langue maternelle est l’espagnol, mais je tente aujourd’hui d’écrire des chansons en français. »

Une appartenance musicale multiple
Lauréat, en 2002, du Prix du public au Festival en chanson de Petite-Vallée, l’auteur-compositeur-interprète a réalisé à ce jour trois albums, dont Norte-Sur spectacle, tiré du spectacle du même nom, qui reflète bien le bagage multiculturel de Juan Sebastian Larobina.

« Norte-Sur a été présenté en 2005 et réunissait 23 artistes sur scène. Il s’agissait d’une aventure musicale multisensorielle faite de chansons, de musiques, d’effets sonores, de bruitages, d’odeurs et de projections d’images symbolisant la dualité Nord-Sud. Nous avons vécu une expérience artistique unique où la cumbia et le reel ont fusionné, la chacarera et la gigue se sont mariées, les langues se sont entrelacées, le tango, la salsa, le chacha et le funk se sont embrassés », résume-t-il.

« L’immersion dans une autre culture m’a fait réaliser et mieux comprendre les valeurs qui ont coloré ma démarche artistique et personnelle. Mon style de musique, c’est un peu une synthèse de ce que je suis culturellement et artistiquement : quelqu’un qui, plus jeune, écoutait du rock britannique et de la musique progressive, mais qui est aussi « construit » par la musique de sa famille et des pays qu’il a quittés, notamment la bossa nova brésilienne et le tango argentin. Et maintenant, sans être nécessairement des styles dans lesquels je m’inscris, les Richard Desjardins, Jean Leloup et Daniel Bélanger pratiquent des genres musicaux qui m’influencent et qui me touchent. »

SOURCE: Sébastien Boulanger, MELS